[article]
Titre : |
Art, care-giving and the ancestors : gender roles and role "reversals"in highland Madagasikara |
Type de document : |
texte imprimé |
Auteurs : |
Rebecca L. Green, Auteur |
Année de publication : |
2022 |
Article en page(s) : |
p 317-352 |
Langues : |
Français (fre) Anglais (eng) |
Résumé : |
On peut dire que sur le plan sociologique, il y a une certaine égalité entre les hommes et les femmes des Hautes Terres centrales de Madagasikara. Même si dans ces sociétes les tâches quotidiennes et surtout celles liées aux rites ancestraux sont divisées selon le genre. La culture des Hautes Terres centrales est fondée sur les ancêtres qui sont à l'origine de toutes les traditions et qui continuent à exercer une grande influence sur la vie de leurs descendants. Par conséquent ils sont fondamentaux à la formation d'une identité malagasy. Il s'en suit que les activités et les objets -tels les linceuls-liés aux rites ancestraux-les funérailles, les retournements-sont primordiaux dans la construction de cette identité malagasy.
L'univers des vivants et l'univers des ancêtres existent en parallèle mais ces deux mondes se croisent à certaines occasions. Les actions effectuées dans l'un de ces univers peuvent avoir des conséquences pour l'autre. Pourvu que les ancêtres soient bien soignés, heureux et bien chauds, ils donnent leur bénédiction. Mais une fois négligés, ils peuvent se venger en retirant leurs bénédictions ou en punissant des coupables. Les hommes et les femmes ont chacun des rôles importants à jouer dans l'entretien des relations entre ces deux univers, des devoirs spécifiques qui contribuent au bienfait de la famille et de la communauté. Les hommes dominent les rôles publiques et ils servent comme orateurs et comme représentant de la famille et de la communauté. Les hommes sont aussi associés au pouvoir, à la force physique et à la durée. Ces associations se voient aussi au niveau de la culture matérielle : les hommes sont identifiés avec les substances et avec les objets durs et durables (par exemple, la construction des tombeaux en pierre). Des femmes, par contre, remplissent des rôles qui sont moins visibles, plus individuels et personnels et des tâches qui sont pour la plupart ponctuelles et de nature temporaire. Les femmes sont des gardiennes de la fécondité et les responsables de la vie familiale, une vie qui sur les Hautes Terres cebtrales comprend aussi les ancêtres. On peut détecter aussi une association faite entre les femmes et les objets mous/doux. Les plus importants de ces objets éphémères crées et maniés par les femmes sont des linceuls qui jouent des rôles primordiaux lors des enterrements et des retournements. Pour les sociétés des Hautes Terres centrales, le tissage est l'activité féminine par excellence. Sur le plan social, spirituel et économique, le tissage donne des pouvoirs aux femmes, de plus le tissage est le lien le plus important entre elles (et par extension entre leurs familles et leurs communautés) et les ancêtres : c'est avec les linceuls tissés par les femmes qu'on vêt et emballe les corps aux retournements. En conséquence, en tant que tisserandes et mères de familles, les femmes fournissent un contact physique, motif entre le monde des vivants et celui des ancêtres.
L'ordre ancestral, les fomban-drazana, assignent des rôles spécifiques aux femmes et aux hommes et c'est en respectant et en accomplissant ces rôles que la bénédiction ancestrale est accordée. Néanmoins on constate que chez les Merina et les Betsileo, il existe aussi des moments où cette division sexuelle de travail est inversée. Lors des rites ancestraux, les hommes adoptent ce qui est considéré comme le travail de femmes, une inversion qui met en relief l'importance de ces actes pour l'entretien de bonnes relations avec les ancêtres.
Si l'on regarde les contextes de ces inversions, on voit que c'est dans ces moments que les ancêtres sont censés avoir une présence physique. Dans les occasions où les ancêtres sont invoqués, les rôles ne changent pas : les femmes préparent le repas et servent les invités tandis que les hommes agissent comme hôte. Mais les inversions de rôles arrivent quand les ancêtres sont censés avoir une présence physique, directe lors des évènements tel le famadihana où les descendants ont un contact physique, touchant et portant les ancêtres. A ces moments, ce sont les hommes qui cherchent de l'eau, préparent le repas, y compris le laoka (mets qui accompagnent le riz) et servent les invités. L'appropriation masculine des tâches féminines se voient aussi dans le fait que lors des enterrements et des retournements, les hommes situent leurs foyers à côté ou à l'intérieur de la maison centrale tandis que les femmes sont obligées d'aller faire cuire le riz le plus loin à l'écart de leur endroit habituel.
On peut comprendre cette inversion dans laquelle les hommes préparent la viande et non pas le riz par le fait que ce sont eux qui sont le plus associés aux boeufs (ce sont des hommes qui cherchent les bois de chauffe et qui font la lutte à boeufs durant les fêtes). Mais le fait que ces inversions se passent seulement lors de la présence physique des ancêtres suggère une autre explication : les actes de nourrir et de soigner qui sont à la base de la vie sociale des vivants, sert aussi comme modèle pour le comportement envers les ancêtres. Donc quand les hommes des Hautes Terres centrales accaparent des rôles féminins, ils soulignent la valeur et l'importance de ceux-ci et ainsi les hommes et les femmes ont chacun la possibilité de soigner les ancêtres et donc de recevoir leurs bénédictions qui sont nécessaires pour créer l'identité et aussi pour assurer la survie. |
Numéro du document : |
42484/DI 034 |
Niveau Bibliographique : |
5 |
Bull1 (Theme principale) : |
CULTURES ET HUMANITES |
Bull2 (Theme secondaire) : |
CULTURE |
in Repenser " la femme malgache" : de nouvelles perspectives sur le genre à Madagascar > 13 (Numero special 2000) . - p 317-352
[article] Art, care-giving and the ancestors : gender roles and role "reversals"in highland Madagasikara [texte imprimé] / Rebecca L. Green, Auteur . - 2022 . - p 317-352. Langues : Français ( fre) Anglais ( eng) in Repenser " la femme malgache" : de nouvelles perspectives sur le genre à Madagascar > 13 (Numero special 2000) . - p 317-352
Résumé : |
On peut dire que sur le plan sociologique, il y a une certaine égalité entre les hommes et les femmes des Hautes Terres centrales de Madagasikara. Même si dans ces sociétes les tâches quotidiennes et surtout celles liées aux rites ancestraux sont divisées selon le genre. La culture des Hautes Terres centrales est fondée sur les ancêtres qui sont à l'origine de toutes les traditions et qui continuent à exercer une grande influence sur la vie de leurs descendants. Par conséquent ils sont fondamentaux à la formation d'une identité malagasy. Il s'en suit que les activités et les objets -tels les linceuls-liés aux rites ancestraux-les funérailles, les retournements-sont primordiaux dans la construction de cette identité malagasy.
L'univers des vivants et l'univers des ancêtres existent en parallèle mais ces deux mondes se croisent à certaines occasions. Les actions effectuées dans l'un de ces univers peuvent avoir des conséquences pour l'autre. Pourvu que les ancêtres soient bien soignés, heureux et bien chauds, ils donnent leur bénédiction. Mais une fois négligés, ils peuvent se venger en retirant leurs bénédictions ou en punissant des coupables. Les hommes et les femmes ont chacun des rôles importants à jouer dans l'entretien des relations entre ces deux univers, des devoirs spécifiques qui contribuent au bienfait de la famille et de la communauté. Les hommes dominent les rôles publiques et ils servent comme orateurs et comme représentant de la famille et de la communauté. Les hommes sont aussi associés au pouvoir, à la force physique et à la durée. Ces associations se voient aussi au niveau de la culture matérielle : les hommes sont identifiés avec les substances et avec les objets durs et durables (par exemple, la construction des tombeaux en pierre). Des femmes, par contre, remplissent des rôles qui sont moins visibles, plus individuels et personnels et des tâches qui sont pour la plupart ponctuelles et de nature temporaire. Les femmes sont des gardiennes de la fécondité et les responsables de la vie familiale, une vie qui sur les Hautes Terres cebtrales comprend aussi les ancêtres. On peut détecter aussi une association faite entre les femmes et les objets mous/doux. Les plus importants de ces objets éphémères crées et maniés par les femmes sont des linceuls qui jouent des rôles primordiaux lors des enterrements et des retournements. Pour les sociétés des Hautes Terres centrales, le tissage est l'activité féminine par excellence. Sur le plan social, spirituel et économique, le tissage donne des pouvoirs aux femmes, de plus le tissage est le lien le plus important entre elles (et par extension entre leurs familles et leurs communautés) et les ancêtres : c'est avec les linceuls tissés par les femmes qu'on vêt et emballe les corps aux retournements. En conséquence, en tant que tisserandes et mères de familles, les femmes fournissent un contact physique, motif entre le monde des vivants et celui des ancêtres.
L'ordre ancestral, les fomban-drazana, assignent des rôles spécifiques aux femmes et aux hommes et c'est en respectant et en accomplissant ces rôles que la bénédiction ancestrale est accordée. Néanmoins on constate que chez les Merina et les Betsileo, il existe aussi des moments où cette division sexuelle de travail est inversée. Lors des rites ancestraux, les hommes adoptent ce qui est considéré comme le travail de femmes, une inversion qui met en relief l'importance de ces actes pour l'entretien de bonnes relations avec les ancêtres.
Si l'on regarde les contextes de ces inversions, on voit que c'est dans ces moments que les ancêtres sont censés avoir une présence physique. Dans les occasions où les ancêtres sont invoqués, les rôles ne changent pas : les femmes préparent le repas et servent les invités tandis que les hommes agissent comme hôte. Mais les inversions de rôles arrivent quand les ancêtres sont censés avoir une présence physique, directe lors des évènements tel le famadihana où les descendants ont un contact physique, touchant et portant les ancêtres. A ces moments, ce sont les hommes qui cherchent de l'eau, préparent le repas, y compris le laoka (mets qui accompagnent le riz) et servent les invités. L'appropriation masculine des tâches féminines se voient aussi dans le fait que lors des enterrements et des retournements, les hommes situent leurs foyers à côté ou à l'intérieur de la maison centrale tandis que les femmes sont obligées d'aller faire cuire le riz le plus loin à l'écart de leur endroit habituel.
On peut comprendre cette inversion dans laquelle les hommes préparent la viande et non pas le riz par le fait que ce sont eux qui sont le plus associés aux boeufs (ce sont des hommes qui cherchent les bois de chauffe et qui font la lutte à boeufs durant les fêtes). Mais le fait que ces inversions se passent seulement lors de la présence physique des ancêtres suggère une autre explication : les actes de nourrir et de soigner qui sont à la base de la vie sociale des vivants, sert aussi comme modèle pour le comportement envers les ancêtres. Donc quand les hommes des Hautes Terres centrales accaparent des rôles féminins, ils soulignent la valeur et l'importance de ceux-ci et ainsi les hommes et les femmes ont chacun la possibilité de soigner les ancêtres et donc de recevoir leurs bénédictions qui sont nécessaires pour créer l'identité et aussi pour assurer la survie. |
Numéro du document : |
42484/DI 034 |
Niveau Bibliographique : |
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Bull1 (Theme principale) : |
CULTURES ET HUMANITES |
Bull2 (Theme secondaire) : |
CULTURE |
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